Le camping-car écologique
En collaboration avec notre partenaire Habitat Naturel

Les véhicules de loisirs ont le vent en poupe : devenus de véritables petites maisons sur roues, ils sont dotés de tout le confort moderne. Mais un facteur important n'est absolument pas pris en compte, ni par les professionnels ni par les utilisateurs : la nocivité des matériaux de l'aménagement intérieur.
L'engouement pour les caravanes, les camping-cars et autres mobil-homes serait-il le syndrome de la tortue, qui porte sa maison sur le dos ? On peut le rapprocher du phénomène « cocooning » (la quête d'un chez soi douillet) même en déplacement.
Parallèlement, les usagers de ces roulottes modernes y passent une part croissante de leur temps libre, des retraités les utilisent plus de trois mois par an tandis que les « gens du voyage » y habitent à l'année.
Une toxicité condensée
Or il semble difficile de réunir, dans un aussi petit espace (5 à 30 m2) un plus bel ensemble de matériaux nocifs. Léger, souple et facile à mettre en œuvre, le bois est employé du sol au plafond et pour le mobilier, essentiellement sous forme de panneaux : aggloméré, OSB*, contreplaqué, mélaminé, lamellé-collé.
Mais si les produits de traitement les plus toxiques (PCP*, lindane) en sont désormais bannis, on y trouve des liants : urée-formol, phénol-formol ou résorcine-formol.
Les revêtement plastiques en PVC*, également très utilisés, contiennent nombre d'additifs (phtalates, métaux lourds) et dégazent, surtout avec la chaleur, des substances dangereuses : chlorure de vinyle, styrène et solvants organiques aromatiques.
Les mousses de polyuréthane (PU) des matelas et coussins dégagent de l'isocyanate. Les laines minérales (verre ou roche) sont enrobées dans une résine phénolique et dispatchent leurs fibres irritantes, classées cancérogène probable en Allemagne.
Les colles contiennent des polymères acryliques et/ou vinyliques, des résines phénoliques et des solvants : hydrocarbures, esters, cétones, alcools. Enfin, les peintures et des lasures contiennent des résines acryliques ou vinyliques et des solvants organiques (hydrocarbures, éthers de glycol) sauf celles en phase aqueuse. De plus, ces matériaux ne sont pas recyclables dans des conditions acceptables.
Un problème de santé publique
Pendant des années, ces matériaux exhalent un cocktail de produits chimiques nocifs : les COV ou composés organiques volatils. En chef de file, le formaldéhyde (formol): omniprésent, on le retrouve dans tous les produits cités, ainsi que dans les moquettes et les textiles.
Irritant pour la sphère ORL (yeux-nez-gorge), il provoque de l'asthme, des altérations du système immunitaire, des troubles neurologiques et il est lui aussi classé cancérogène probable.
La chaleur et l'humidité augmentent son émission et la valeur limite de 0,12 mg/m3, recommandée par l'OMS, est allègrement dépassée*. Pour vous en convaincre, entrez dans un camping-car neuf exposé au soleil : les odeurs de plastique et de formol prennent à la gorge. On peut parler de syndrome des locaux malsains, mais en concentré. Cerise sur le gâteau : en cas de combustion, ce joli monde dégage des acides (chlorhydrique et cyanhydrique), des dioxynes, des furanes et des isocyanates, qui asphyxient très rapidement !
Les alternatives écologiques
Les amateurs ne sont qu'une poignée à aménager eux-mêmes leur fourgon. Ils créent un intérieur selon leur désir, souvent éloigné des aménagements professionnels. Ils feront bien de se tourner vers les matériaux alternatifs.
La construction écologique propose maintenant un éventail de produits exempts de nuisances, aussi bien à la fabrication qu'à l'usage et au recyclage en fin de vie. Ils se substituent aux matériaux traditionnels, pour une large gamme d'usages.
Ainsi, on dispose désormais de panneaux de fibres de bois sans formol, classés E1 (émettant moins de 0,1 ppm par m3) : Pavaplan, Pavafloor, Livingboard, PXD, Medite ZF*). Ainsi que de colles, vernis, lasures et peintures sans solvants toxiques et sans formol. Ces produits sont fournis par les revendeurs de matériaux écologiques pour la construction.
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Matériau classique |
Matériau sain |
isolation parois/plafond |
laine minérale, mousse PU, isolant mince |
laine de chanvre, lin ou mouton |
isolation plancher |
polystyrène extrudé, PU* |
liège expansé |
plancher |
contreplaqué, OSB* |
Living board, Medite ZF* / bois massif non traité ou « rétifié » (chauffé) |
parois |
contreplaqué |
Pavafloor (5 mm) |
mobilier |
contreplaqué, mélaminé, lamellé-collé |
Living board et Pavaplan |
revêtement de sol |
dalles ou moquette PVC* |
linoléum naturel |
colles |
colles à solvants / PU colle à bois ordinaire |
colle au latex naturel colle à bois « bio » |
finition de surface |
Peintures / lasures ordinaires |
Peintures / lasures biologiques huile dure (plancher bois) |
Des conseils en plus
- s'intéresser au marché de l'occasion : en quelques années, les émanations toxiques diminuent fortement
- sur les bois, une laque de blocage (ou trois couches de lasure) freinent l'émission de COV
- éviter les revêtements muraux textiles et les moquettes : même « bio » , ils s'imprègnent d'émanations et d'odeurs
- rideaux et coussins : opter pour des textiles non traités, sinon les laver plusieurs fois
- bien ventiler, pour diminuer la concentration en polluants
Sensibiliser
En plus de bénéficier d'une atmosphère saine, les bricoleurs qui auront réalisé un aménagement exempt de produits toxiques deviendront les ambassadeurs des camping-cars « bio » et pourront sensibiliser le milieu du caravaning. Il est urgent de faire prendre conscience aux aménageurs professionnels du marché potentiel, lié à l'aspiration émergente pour des aménagements n'agressant ni la santé ni l'environnement.
*OSB : oriented Strand Board (planche de copeaux orientés)
*PCP : pentachlrorophénol
*PVC : chlorure de polyvinyle
*ZF : zéro formaldéhyde
Source : Claire Caron, Magazine Habitat Naturel - Mai-Juin 2006.
mois de mai 2006
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