Métisse, un isolant à la fibre solidaire
En collaboration avec notre partenaire Habitat Naturel

A l'heure où l'exclusion sociale et les problèmes de logement pour les plus démunis reviennent dans tous les discours, Le Relais, émanation d'Emmaüs, tente de trouver de nouveaux moyens d'insertion sociale par le travail. L'une des voies étudiées actuellement est la commercialisation d'un isolant issu du recyclage des fibres, agréablement nommé Métisse.
Le Relais : une économie au service de l'homme
Si la cause première d'Emmaüs est l'accueil et l'hébergement, de nombreuses démarches ont été effectuées pour développer l'emploi des personnes en difficulté. C'est en effet la réinsertion par le travail qui permet aux personnes touchées par l'exclusion de retrouver dignité et autonomie financière. Malheureusement, l'insertion dans une entreprise est bien souvent difficile. Pas évident de convaincre lors d'une embauche. Et, lorsque la chance sourit, passées les deux années en contrat aidé, nombreux sont ceux qui retournent dans l'exclusion.
C'est ce qui pousse Emmaüs Artois dès 1984 à créer ses propres structures, Les Relais. Ces entreprises à But Socio-économique (EBS), lui permettent de régler le problème de l'embauche sans se confronter à la discrimination. On compte une quinzaine de Relais aujourd'hui qui emploient environ 100 personnes en France et 200 en Afrique. Ce sont de véritables entreprises, qui se doivent d'être rentables comme les autres, même si leur objectif est l'épanouissement humain et non la rémunération d'un capital. Leur activité principale est la collecte, le tri et le recyclage des vieux vêtements.
Réemploi et recyclage des textiles
Les textiles, récupérés par le biais des collectes à domicile (20 millions de sacs) ou des 6000 conteneurs, sont triés en deux catégories. La première, le réemploi, retourne dans le circuit du vêtement, notamment grâce aux 50 boutiques Ding Fring, ou est exportée vers les Pays en Développement, à hauteur de 35% du tonnage collecté et trié. L'autre partie, le recyclage, consiste à transformer les vêtements non réutilisables en tant que tels en chiffons d'essuyage ou en fibres effilochées.
Jusqu'en 2000, la part de vêtements réutilisables était de l'ordre de 60%, mais la baisse de qualité des vêtements modernes et la prédominance des textiles synthétiques ont progressivement réduit cette part à 40% aujourd'hui. Cette évolution réduit la rentabilité des Relais et met en péril ses emplois, car si le réemploi des vêtements rapporte, le recyclage, lui, coûte aux entreprises. Il a donc fallu trouver autre chose.
Un isolant avec de vieux vêtements
C'est ainsi que l'idée de réaliser un isolant à partir de la fibre effilochée est née dans les têtes de Pierre Dupontel, fondateur du Relais et président de l'Association Relais France, et de l'ingénieur Denis Consigny (Canada Clim). Après 3 années de mise au point avec l'aide d'un industriel spécialisé dans la production de feutres pour automobile, Métisse est enfin prête à être commercialisé.
« La difficulté de la production était liée à la présence de corps étrangers dans la matière première, impossible à trier manuellement. C'est par exemple les pressions ou les œillets décoratifs des blue-jeans explique Lucie Contet, responsable de la communication du Relais. Le problème a été résolu par la mise au point de griffes et d'aimantage et par une adaptation de la machine à effilocher pour permettre un défibrage sans poussière. » La fibre est ensuite mélangée à 15% de polyester, pour thermolier le produit et nappée de panneaux ou rouleaux, exactement comme pour la fabrication des isolants en chanvre ou en laine de mouton. Pour l'instant, la partie nappage est sous-traitée.
Métisse : efficacité et qualité
Le Relais collecte actuellement 45 000 tonnes de textiles par an, dont un quart pourrait être affecté à la fabrication de Métisse, soit environ 4 millions de mètres carrés d'isolation potentielle, si le marché adopte le produit. En outre, l'amendement Emmaüs, en vigueur depuis le 1er janvier 2007, devrait se traduire par une augmentation de la collecte de textiles jusqu'à 400 000 tonnes (contribution financière obligatoire permettant de financer le tri, la revalorisation et l'élimination des produits textiles en fin de vie).
Outre son aspect social séduisant, c'est un excellent isolant thermique et phonique notamment grâce à sa contenance en air. La présence de laine en fait un bon régulateur hygrométrique, il ne nécessite pas systématiquement de pare-vapeur sauf dans les pièces humides. Il se pose comme les panneaux de chanvre ou de laine de mouton, par agrafes ou en vrac. Métisse est disponible en 4 épaisseurs, en rouleaux ou en panneaux. Sa certification est en cours et devrait voir le jour courant 2008. Il est déjà référencé dans la base de données des éco-matériaux de CD2E.
Actuellement sa distribution se fait par le biais des Relais et de grossistes en éco-matériaux. Son coût est d'environ 12€/m² TTC en 100 mm, prix dégressifs selon les quantités. Gageons que la corde sociale sera un argument de poids : Le Relais espère en vendre 500 000 m² en 2008. Une activité qui devrait permettre d'embaucher de nouveaux salariés et de pérenniser les emplois actuels.
Source : Gwenola Doaré, Magazine Habitat Naturel.
mois de mai 2007
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Mis en ligne avant janvier 2008
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