> Interview
WWF FRANCE
Jérôme DUPUIS,
Directeur adjoint des Partenariats Entreprises
"Nous incitons les entreprises à prendre des engagements ambitieux
pour soutenir notre démarche et devenir acteurs du changement"
Le WWF met en place une coopération active avec les entreprises. Pouvez-vous nous expliquer de quoi il s’agit ?
Historiquement, le WWF a vocation à travailler avec tous les publics : entreprises, collectivités, gouvernements, grand public… Nous sommes une ONG multicible. La collaboration avec les entreprises, sous forme de mécénat, est engagée depuis les années 60. Les choses sont un peu différentes aujourd’hui : l’urgence à protéger la planète et changer notre modèle économique se fait plus aiguë. Nous incitons les entreprises à prendre des engagements ambitieux (origine des matières premières, énergie, recyclage, empreinte écologique…), pour soutenir notre démarche et devenir acteurs du changement. Des dizaines de sociétés se sont engagées, à nos côtés, dans une démarche de développement durable.
Nous aussi allons plus loin pour influencer la responsabilité sociale des entreprises : nous réalisons des études (biodiversité et entreprises, entreprises et changements climatiques…) et nous impliquons dans la réglementation et les démarches normatives (Comité français des écolabels, Grenelle de l’environnement, Observatoire indépendant de la publicité…).
Ce partenariat s’établit-il à plusieurs niveaux ?
Le WWF propose aujourd’hui deux niveaux de collaboration. Un partenariat stratégique accompagne les entreprises dans une démarche de progrès environnemental (nouveau modèle de coopération entre les milieux économiques et associatifs) et des produits-partage associent le WWF à des produits représentant des alternatives crédibles pour la protection de l’environnement. Grâce à cette coopération, les entreprises ont un interlocuteur, expert dans le domaine de l’environnement et du développement durable.
De quelle manière intervenez-vous ?
Nous entretenons une relation très suivie avec les entreprises. Des rencontres régulières permettent de tisser un véritable plan d’action construit et structuré, de mettre en place des actions novatrices (autant d’idées que de situations). L’échange permet aux entreprises d’aller beaucoup plus loin dans la démarche de progrès que si elles s’étaient engagées seules dans cette voie. Notre action a cependant des limites : nous ne sommes pas exécutants. Il faut nous voir comme un lanceur d’alerte. Notre expertise permet d’ouvrir de nouvelles pistes, mais notre rôle s’arrête là !
Concernant les produits-partage, l’apposition de notre logo atteste, de manière très visible pour le consommateur, du caractère responsable du produit. Les consommateurs sont de plus en plus sensibles à la conception des produits qu’ils achètent et le Panda est un gage de confiance.
Sur quels critères sélectionnez-vous les entreprises ?
Nous voulons être présents dans tous les secteurs économiques ou presque (certains secteurs, antinomiques avec nos valeurs, sont automatiquement bannis : nucléaire, pornographie, armement, tabac…) : c’est pour nous la seule façon de modifier la société en profondeur.
Pour ce faire, nous nous attachons à coopérer avec de grandes entreprises, leaders dans leurs secteurs. Elles donneront ensuite l’exemple pour inciter un pan entier de l’économie à modifier son comportement. Les entreprises nous sollicitent parfois directement parce qu’elles souhaitent engager une démarche de développement durable et être accompagnées dans ce sens. Nous ne pouvons pas accepter tous les dossiers malheureusement, par manque de temps et de moyens. Mais nous réfléchissons à une autre méthode de coopération, notamment pour les petites entreprises. Celles-ci sont particulièrement dynamiques sur les enjeux du développement durable et proposent des idées innovantes.
Pouvez-vous nous donner un exemple de partenariat réussi avec une entreprise ?
Orange est un partenariat intéressant, à plusieurs niveaux. Nous sommes fiers de cette collaboration, car pour la première fois, un opérateur de téléphonie mobile s’engage dans l’écoconception de ses produits et propose un affichage environnemental de ces derniers : une évaluation permet au consommateur de connaître l’impact du portable qu’il achète. Par ailleurs, la société essaye de limiter l’hyperconsommation en incitant financièrement ses clients à conserver plus longtemps leurs portables. Orange intervient également sur le recyclage des produits en organisant un week-end de collecte en avril. Sur plus de 2 milliards de téléphones vendus chaque année, seuls 2% sont collectés pour être retraités. C’est un véritable problème de société, car les appareils contiennent des produits toxiques. De plus, de nombreux composants peuvent être réutilisés.
Document mis en ligne en mars 2010