Architecture organique : de la nature dans les idées
En collaboration avec notre partenaire Habitat Naturel


A quelques kilomètres de Namur, dans le Brabant wallon, une maison, comme « sortie de terre », intrigue tout le monde depuis près de huit ans. Sa toiture en forme de feuille, les lignes courbes de son corps principal, le dessin de ses fenêtres... tout semble la rapprocher de la nature qui l’entoure. Née de l’imagination d’un architecte audacieux et soucieux du bien-être de tous, c’est une maison organique.
« Je cherche à faire entrer l’architecture en résonance avec les éléments naturels : le toit dans son rapport au ciel, les façades dans leur rapport aux arbres et les masses de maçonnerie dans leur rapport à la terre »
« J’essaye de voir l’architecture comme une émanation du paysage sous l’action de l’homme »
« La nature et la vie donnent des formes intelligentes à chaque chose. Pourquoi l’architecture devrait-elle y échapper ? » La question est posée avec un regard malicieux. Damien Carnoy n’est pas homme à vous assommer de concepts. Sa démarche relève bien davantage de la logique et de la spontanéité. Nous sommes en Belgique, le soleil brille et l’architecte nous mène, à travers champs, vers une de ses réalisations. Au détour d’un chemin verdoyant, elle apparaît, tout en rondeur et en bois. Mais l’intérêt de cette maison, s’il repose sur ses formes, ne s’y limite pas : tout a été pensé dans un esprit de respect... des habitants, du paysage et de l’environnement.
Source : Texte : Claire Leloy – Photos : Claire Leloy et Damien Carnoy,Magazine Habitat Naturel - Mai/Juin 2007.
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Atelier d’architectes Carnoy/Crayon
92 rue de Nivelles
1300 Wavre
Tél. : 00 32 10 22 71 00
www.carnoy-crayon.be
info@carnoy-crayon.be
Un projet, des envies

Il y a bientôt huit ans, un couple cherche désespérément un architecte pour réaliser son rêve : une maison où ils se sentent bien. Ils ont déjà leur terrain : un joli verger où ils comptent bien faire paître quelques chevaux au plus vite.
Seulement voilà, aucun des hommes de l’art qu’ils rencontrent ne les satisfait... jusqu’au jour où quelqu’un retient leur attention. Il leur parle d’intégration au paysage... de bien-vivre... d’orientation rationnelle. C’est ainsi que Damien Carnoy se retrouve à visiter la parcelle, charmante étendue de verdure dévalant lentement une pente douce.
« C’est à ce moment précis, explique notre guide, lorsque l’on découvre un terrain pour la première fois, que les clients livrent les clés, celles qui permettent de les comprendre, celles qui expliquent les raisons de leur choix. » L’architecte écoute donc attentivement, observe à quel endroit ils se tiennent ; étudie le terrain, ses végétaux et ses mouvements.
Et aussi, il note la manière dont le couple commence à penser à l’architecture. « Ils miment parfois de façon étonnante ! » s’amuse-t-il. Cette attention n’est pas feinte : elle est la base qui permet à l’architecte de penser la maison en harmonie avec son environnement et ses occupants. Pas évident... car déjà Elle et Lui n’ont pas les mêmes envies : Elle recherche les formes libres, les courbes et l’esprit de l’Art Nouveau ; tandis que Lui, plus terre à terre, veut « du solide », des formes robustes, et surtout du bois.
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Esquisse

« Le terrain n’était pas facile à appréhender » nous explique-t-on. En effet, la parcelle, orientée est/ouest, présentait de nombreux reliefs et une pente qui, même douce, était bien réelle. Pour compliquer un peu les choses, les maîtres d’ouvrages refusaient l’installation de pilotis ou d’une partie surélevée pour compenser le dénivelé. Partant de ces contraintes, l’architecte cherche la bonne implantation et l’esprit dans lequel le couple pourrait se reconnaître.
D’autre part, rompu aux principes du bioclimatisme, Damien Carnoy étudie l’orientation ainsi que sa forme afin d’en faire un bâtiment performant, mais qui sache respecter le paysage et s’y fondre sans le déranger.
Ainsi naît l’esquisse d’une maison à ossature bois de forme ovale, chapeautée par une toiture feuille. « L'ovale est la forme dominante qui contient l'habitation de la famille, exprime son idéal, le lien à la nature, l'implantation libre, posé en douceur dans le relief, sans qu'il ait été modifié, avec un contact très étudié pour offrir des lignes de perception variées depuis l'intérieur qui minimisent l'impression de pente générale et offrent plusieurs perspectives différentes du paysage. »
La pointe sud de l’ovale est, bien entendu, la plus vitrée. Alors qu’à l’autre bout, un petit bâtiment cubique vient s’encastrer en partie nord. Pourquoi cet ajout ? D’un point de vue rationnel cette construction indépendante est destinée à une future location ; sa présence permet par ailleurs de renforcer la performance thermique de la maison en protégeant sa « face froide ».D’un point de vue plus conceptuel, ce petit studio contrebalance la douceur du bâtiment principal, et raccroche l’ensemble à la rectitude de la route.
En surplomb, une jolie tourelle « permet de percevoir l’ensemble comme un paysage en soi, composé d'une petite agglomération de formes qui dialoguent entre-elle et répondent au paysage. »
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Maison à ossature

Le chantier débute dans le courant de l’année 1999 avec les travaux de terrassement et de maçonnerie. « C’est le lien à la terre, la masse qui enracine, commente l’architecte, lyrique, avant de poursuivre : C’est aussi la masse qui accumule la chaleur. »
Suit le montage de l’ossature en mélèze. Le bois sélectionné chez un distributeur belge a été traité exclusivement par imprégnation d’huiles... mais pas n’importe lesquelles : Damien Carnoy s’est attaché a choisir un traitement particulièrement écologique. « Ici, nous ne sommes pas bien loin de l’Allemagne, explique-t-il. Il y a donc le choix ! »
Au fil des jours, la structure apparaît : composée d’un axe longitudinal et de portiques rayonnants en arborescence selon un rythme régulier. Cette forme permet de minimiser les sections de bois tout en offrant un espace maximal pour l’isolation. Dans les murs : 15 cm de laine de chanvre viennent protéger la maison. Et le pare-pluie, panneau en fibre de bois de 2,5 cm d’épaisseur, renforce cette isolation.
Une combinaison de matériaux qui a un avantage certain : « Le pare-pluie a un rôle propre dans la construction bois, mais ce matériau permet également d’éviter les surchauffes d’été car la fibre de bois arrête les infrarouges. » Une qualité qui ne manquera pas d’améliorer le confort lors des chaudes journées d’été...
Dans un même ordre d’idée, les vitrages sont particulièrement étudiés afin de bénéficier des apports solaires passifs sans transformer la maison en fournaise à la belle saison.
Au sud, une série de doubles vitrages est installée en courbe sur la partie la plus réactive au soleil. Les pommiers et autres arbres à feuillage caduc, naturellement regroupés au sud et à l’ouest, jouent leur rôle de filtres estivaux et empêchent que les rayons trop chauds n’atteignent la façade. En hiver, lorsqu’ils se déshabillent, ces mêmes végétaux laissent la chaleur entrer abondamment.
Au nord, les quelques fenêtres installées ont un indice de transmission très performant (k=1,1) afin de limiter au maximum les déperditions.
Fraîcheur garantie
En été, les pointes de chaleurs (venant du sud) sont isolées du reste de la maison par un mur intérieur dédoublé. Par ailleurs, en cas de surchauffe, il est possible de faire circuler un air rafraîchi grâce à un vide technique, aménagé sous les planchers.
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La vie en pente douce

A la question : « Quel mode de chauffage a été installé ? », la réponse fuse : « Quasiment aucun ! Les propriétaires ont installé quelques radiateurs d’appoint, par prudence, mais ne s’en servent quasiment jamais » Ce, grâce à une conception éclairée et à la présence d’un petit poêle à bois dans le salon. « Un poêle en acier, tout ce qu’il y a de plus ordinaire » précise Damien Carnoy.
Le fait est qu’ils n’avaient pas forcément besoin d’une installation très performante. Ceci grâce à trois facteurs cumulés :
- la forte isolation,
- la compacité volumique
- et une inertie thermique importante.
Ce dernier point est encore amélioré grâce à une astuce que l’architecte n’a pas manqué d’intégrer à la maison : un mur masse, courant sur les deux étages. Version simplifiée du mur trombe, il s’agit en fait d’un double mur en briques de terre cuite. Au milieu, un vide de 40 cm a été ménagé, puis rempli avec de la terre du jardin. En terme d’inertie, on ne peut pas faire mieux !
Situé derrière le poêle et en partie sud de la maison, devant les baies, il capte et accumule toute la chaleur (du solaire passif et du feu de bois) afin de la restituer doucement par rayonnement.
Ventilation naturelle
Ici, c’est au phénomène de convection naturelle que l’architecte a fait appel. Une cheminée dans le hall d’entrée et des ouvertures en hauteur ont été réalisées pour créer un appel d’air. Ainsi, l’air chaud circule et monte naturellement afin de tempérer les pièces de l’étage.

Quant à l’eau... la maison est totalement autonome. Pour preuve, elle n’est même pas raccordée au réseau communal. Il faut dire qu’avec une citerne de 40000 litres, le couple avait vu large. Ils ont volontairement surdimensionné cette installation en prévision des jours futurs, lorsque de beaux chevaux gambaderont dans le pré.
Avec trois niveaux de filtrage, le système est irréprochable. Mais, pour en avoir le cœur net, ils ont récemment fait réaliser une analyse par l’Université voisine. Résultat : leur eau est meilleure que certaines, vendues dans le commerce !
Les propriétaires avaient aussi pour projet d’installer des panneaux solaires thermiques pour leur eau chaude sanitaire. « Maintenant, les choses sont plus simples et ils le feront sans doute, constate Damien Carnoy avant de conclure, espiègle : A l’époque, c’était les débuts. Il ne faut pas oublier que ce projet a été conçu au XXème siècle ! »
Nous voici huit ans plus tard. Et la maison est fidèle à l’esprit de son concepteur : comme déposée dans le verger, toute de bois vêtue, elle s’érige au milieu des arbres. Les découpes des fenêtres en forme de feuilles, la toiture poétique, les poutres qui surgissent telles des branches... l’intégration est parfaite. Quant à l’harmonie qui règne à l’intérieur, elle ne fait aucun doute. Un bien-être du à la conception... et aussi au fait que cette maison est à l’image de ses habitants, mais c’est une autre histoire.
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La maison en chiffres
Les surfaces
| Habitation principale |
260 m² |
| Habitation secondaire |
65 m² |
| Cave et vide technique |
112 m² |
| SURFACES TOTALE |
437 m² |
Les budgets du gros œuvre
Terrassement, fondations & maçonnerie
(gros œuvre + parements briques) |
48.500€ |
| Ossature bois |
37.500€ |
| Toitures |
28.500€ |
| Toitures |
15.000€ |
Menuiseries extérieures
(façades bois et châssis) |
55.000€ |
| SOUS-TOTAL GROS ŒUVRE |
184.500€ |
Evaluation du coût total au m² par l’architecte : 870€/m²
mois de juin 2007
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Mis en ligne avant janvier 2008
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