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Revue de presse

Maison écologique

Construire une maison en paille

En collaboration avec notre partenaire Habitat Naturel

C'est irrésistible, tout le monde parle des trois petits cochons. Un conte bien inapproprié pourtant puisque la maison en paille est en réalité une maison... en bois ! Et, contrairement à l'histoire, la maison en bois ne s'écroule pas, même si le vent souffle très fort ! François et Véronique Chaine sont des convaincus. Ils ont choisi une méthode de construction saine, esthétique, respectueuse de l'environnement durable et économique. Un chantier instructif, ouvert et une aventure humaine extraordinaire.

Le terrain est situé dans la Vienne, près de la ville médiévale de Chauvigny. François a mis longtemps à trouver un terrain approprié à la conception bioclimatique de sa maison, condition de base pour une maison économe en énergie. Le terrain de 1085 m2 est situé en contrebas d'une route dans un quartier résidentiel. Sa forte pente permet d'enterrer la maison côté nord pour la protéger du froid, et d'ouvrir côté sud sur une jolie vue champêtre. La maison est orientée sud est.

François et Véronique ont choisi de réaliser un maximum de travaux eux-mêmes pour réduire le budget de la maison (François a quitté son activité professionnelle pour construire la maison). L'objectif est de réaliser une maison 100% écologique pour 100.000 euros (hors terrain et hors outillage).

Toutefois, ils ont confié la conception du projet à un architecte pour éviter toute erreur : Josselin Fuseau, architecte à Bressuire, spécialisé dans les maisons bioclimatiques. Dès l'achat du terrain, de nombreux contacts ont été initiés avec les différents services d'urbanisme locaux pour expliquer le projet et ainsi minimiser les risques de refus de permis : la maison sera équipée de toilettes sèches, d'un système de récupération d'eau de pluie et de bassins-filtres plantés pour les eaux usées, des principes parfois difficiles à faire accepter. Dès le départ, le maire de Chauvigny a adhéré et soutenu le projet ; il a été particulièrement sensible à l'aspect pédagogique associé au chantier.

 

Un chantier participatif

François a souhaité ouvrir son chantier au public pour communiquer et convaincre sur les bien-fondés de la démarche d'éco-habitat : « De plus en plus de bricoleurs souhaitent se lancer dans l'autoconstruction. Participer à un chantier comme celui-ci permet d'avoir à la fois de la main d'œuvre bénévole, de générer des échanges particulièrement riches et de permettre aux futurs candidats à l'autocconstruction de se former sur le chantier. » Cela passe parfois par du temps à consacrer à la formation des volontaires, mais c'est aussi l'occasion de travailler dans un formidable esprit d'équipe avec des grands moments de convivialité. « Véronique prépare toujours d'excellents repas bio pour nourrir les affamés. Des moments propices à l'échange et au partage d'expériences. » Une vingtaine de volontaires ont déjà participé au chantier et plus de 500 visiteurs sont venus voir « la maison en paille ». François tient à jour un blog sur Internet qui permet à tous de continuer à voir grandir la maison.

La maison

D'une surface habitable de 147 m2, elle est largement vitrée côté sud pour optimiser les apports passifs du soleil. De ce côté, la salle à manger et le séjour sont baignés de lumière. Une pergola couverte permettra de protéger la maison des surchauffes estivales. Au nord, on trouve les toilettes, la douche, une buanderie, une arrière-cuisine et un bureau. Ces pièces sont protégées par le garage, le local technique et l'atelier. A l'étage, 4 chambres, une pour chaque enfant et une pour les parents.

Les fondations

La maison repose sur un hérisson de calcaire lavé (diamètre 30 à 60 mm) et de gravier sur une hauteur d'environ 15 cm. Par-dessus, vient une épaisseur de 10 cm de calcaire lavé (diamètre 10 à 20 mm). Ce système permet de bien ventiler la dalle et d'éviter toute remontée capillaire. L'ossature repose sur un muret réalisé en parpaing de béton cellulaire.

La récupération d'eau de pluie

Dès le début du chantier, une citerne ronde de 27 000 l. a été autoconstruite en parpaings et chaux alimentaire. Un flotteur permettra de pomper 15 cm en dessous du niveau de l'eau pour éviter l'aspiration des particules de surface. Le tuyau est relié à un clapet anti-retour et une crépine munie d'un filtre en acier inoxydable. Un filtre en cellulose et un autre en céramique permettront de filtrer l'eau avant sa consommation pour usage domestique. Un filtre supplémentaire à osmose inverse sera posé avant l'évier de la cuisine.

 

L'ossature bois

L'ossature de la maison et la charpente traditionnelle en chêne ont été confiées à François Hubert de Chatre (24). Le bois utilisé est du douglas, un bois naturellement imputrescible qui ne nécessite pas de traitement. L'une des poutres a une portée de 12 m et pèse 683 kg !

Le montage d'une maison à ossature bois est très rapide : la maison a été hors d'eau hors d'air en moins d'un mois.

Les menuiseries

Les menuiseries sont en chêne massif non traité et réalisées sur mesure par l'entreprise Vriet & fils de Saint Julien l'Ars. Seule la baie vitrée est en aluminium. Toutes les ouvertures sont en double vitrage.

Le remplissage des murs : la paille

La paille constitue un excellent isolant, peu onéreux, disponible en abondance localement. Là encore, François a choisi de se faire conseiller par un expert de la technique de la paille : Thierry Soubrier. Thierry se déplace de chantiers en chantiers. Ce spécialiste de la paille et de la terre, excellent pédagogue, vient démarrer le chantier avec de nombreux conseils techniques.

L'ossature prévoyait la hauteur des bottes de paille posées à plat. Mais, François Chaine a finalement choisi de les poser sur chant. « On obtient le même coefficient d'isolation sur chant ou à plat avec des murs moins épais. Par contre, la résistance est meilleure, car sur chant les fibres s'enchevêtrent. » Une expérimentation qui lui permettait en outre de gagner quelques mètres carrés supplémentaires de surface habitable. Ce choix s'est finalement avéré plus difficile, les enduits de terre adhérant moins bien de ce côté des bottes !

Les bottes sont posées par travée entre les montants d'ossature, et dimensionnées pour leur largeur. Elles ont été tassées à l'aide d'un cric de voiture. Autre difficulté rencontrée lors de la pose des bottes de paille sur chant : les jonctions avec les montants d'ossature laissaient parfois des vides. Ces vides ont été comblés par un mélange de chaux et de paille.

« Le plus difficile a été le remplissage des fermes triangulaires avec les bottes, raconte Véronique. Nous avons inventé une botteleuse triangulaire, mais le résultat n'a pas été très convaincant ! Le mieux aurait été de remplir les fermes avec un mélange de chaux et de paille. »

Les enduits de terre

Le terrain était très pierreux et ne proposait pas une terre adaptée aux enduits. François a profité d'un chantier situé à une quinzaine de kilomètres pour faire venir de la terre, plus adaptée aux enduits muraux. La terre est mise à décanter dans l'eau une nuit avant d'être utilisée, elle est ensuite travaillée au malaxeur.

En théorie, les enduits extérieurs se font en trois étapes. Une couche d'accroche (soupe de terre, de paille hachée, de sable et d'eau), un corps d'enduit (1 volume de terre, 2 de sable, 1 de paille grossièrement hachée à la débroussailleuse et de l'eau), et une couche de finition. Dans la pratique, il a été impossible de poser la couche d'accroche sur les bottes de paille posées sur chant. Les murs ont donc été couverts de deux couches épaisses identiques, la deuxième étant lissée. « C'est assez long et la main d'œuvre a été la bienvenue ! Il nous reste quelques mètres carrés à couvrir, mais l'essentiel est aujourd'hui terminé. » Là, à chacun de trouver sa technique pour faire accrocher la terre. Certains utilisent la taloche et le platoire, d'autres préfèrent leur main, tout le monde participe même les enfants ! Quelques fissures apparaissent au fil du temps, mais la terre a la propriété de durcir en séchant et les enduits ne devraient pas bouger. Sur les parties en bois, les enduits sont posés sur de la toile de jute pour faciliter leur accrochage. Un badigeon de chaux a permis de protéger les enduits durant l'hiver, côté sud et ouest. Une finition à la chaux sera réalisée dans quelques mois, lorsque les murs auront travaillé et bien séché.

Les enduits de terre intérieurs

A l'intérieur, les enduits de terre resteront visibles. C'est un matériau respirant et sain qui vieillit très bien. Véronique souhaite une maison gaie et colorée, les enduits recevront des enduits de finition variés. Un grand rêve a pu être réalisé : un mur rond ! C'est une cloison intérieure d'une salle de jeux pour les enfants. Impossible de réaliser un mur banché ici ; c'est donc en pisé sur lattis de bois qu'a été réalisée la jolie courbe.

Les murs de chanvre

Pour des raisons à la fois esthétiques et pédagogiques, les murs sud n'ont pas été isolés en bottes de paille. Ils ont été réalisés en chanvre sur lattis. Un premier mélange de chaux hydraulique (9 kg), chaux aérienne (12 kg), pierre ponce (3 kg), chanvre fibré (100 l) et d'eau (30 l) est glissé à la main entre les lattis de bois. Une deuxième couche constituée de chaux hydraulique (12 kg), chaux aérienne (25 kg), pierre ponce (4 kg), chanvre fibré (100 l) et d'eau (65 l) est ensuite lissée en finition à la taloche.




 

La toiture

La charpente a été isolée par l'extérieur avec du chanvre en vrac versé dans des caissons fabriqués au sol. Leur sous-face en sapin non traité est visible de l'étage. Le chanvre a été arrosé de lait de chaux (2/3 de chaux hydraulique, 1/3 de chaux aérienne et de l'eau). Un film microporeux (Spirtech) assure l'étanchéité de la toiture recouverte de tuiles canal (Terreal).

La dalle chaux chanvre

Pas question de béton au sol ! La dalle a été réalisée par un mélange de : sable (1 pelletée), paille finement broyée (65 l), chanvre (35 l), chaux aérienne cl90 (18 kg), chaux hydraulique NHL5 (18 kg), pierre ponce broyée (4 kg) et d'eau (45 l). La pierre ponce améliore la carbonatation. « Le mélange est assez rapide dans une bétonnière. Paradoxalement, le plus long dans la préparation est de hacher la paille ! La meilleure solution que nous avons trouvée est d'utiliser une débroussailleuse à fil dans une grande poubelle. » Une première couche du mélange est simplement ratissée. La deuxième couche est tirée à la règle puis talochée, le piétinement de la première couche permettant au mélange de bien pénétrer dans le hérisson. En tout, la dalle a une épaisseur d'environ 10 à 15 cm. Il faudra 3 mois pour que le séchage soit complet, mais on peut marcher dessus au bout de 3 semaines environ. Comptez environ une vingtaine d'heure à 4 personnes pour couvrir 80 m2 de surface ce qui représente environ 10 m3.

L'étage

L'étage a été réalisé en panneaux d'OSB3 garanti sans formaldéhyde (l'OSB est un panneau de particules de bois orientées, ici de marque Egger). Il sera recouvert d'un plancher en châtaignier isolé phoniquement. Compte tenu de la conception de la maison (grande trémie d'escalier et poêle à bois au rez-de-chaussée), l'isolation thermique du sol et des cloisons n'est pas recherchée. Les cloisons sont en Fermacell, des plaques de plâtre en gypse et cellulose, hydrofuges et particulièrement résistantes. Elles sont fixées sur une ossature bois de 45 x 45, l'autre côté étant rempli d'un enduit de terre et paille avant un enduit de finition.

Le garage

Le garage, côté visible de la maison depuis la route, protège la maison côté nord. L'ossature bois a été couverte de lattis de peuplier horizontal. Une partie est isolée en terre et paille par banchage, l'autre est simplement fermée par des panneaux d'OSB et recouverte d'un bardage en douglas non traité.

 

L'électricité

Elle a été réalisée entièrement en câbles blindés pour éviter tout risque de champs magnétiques. A terme, les chambres seront toutes équipées d'interrupteurs de champs. Plus tard, des panneaux photovoltaïques fourniront le courant, l'éclairage a donc été conçu en 12 V dès le départ.

Le puits canadien

Ce principe ancien permet de préchauffer l'air qui alimente la maison en le faisant passer dans la terre à une profondeur de 1,50 m sur une longueur de 30 m. L'hiver, il permet de rafraîchir naturellement la maison par le même phénomène.

Chauffage

Compte tenu de la bonne isolation de la maison et des apports solaires passifs, la maison ne sera chauffée que par un poêle rayonnant (Hase) situé près des baies vitrées. « Nous l'avons placé là où le froid risque de passer le plus facilement : par les baies vitrées s'il n'y a pas de soleil. Juste derrière, le mur de terre apportera de l'inertie : le mur conservera la chaleur même après l'extinction du poêle. »

Les aménagements futurs

Un mur intérieur sera monté en adobe. Les briques de terre crue sont façonnées de temps à autres avec les restes de mélanges des enduits. Le sol sera réalisé en terre crue, protégé par une huile dure et entouré d'une rangée de tomettes de terre cuite. Par chance, la terre végétale du terrain, retirée lors des travaux de terrassement, convient parfaitement en quantité et en qualité pour la réalisation du sol. Argileuse, elle est plus facile à travailler que la terre utilisée pour les enduits muraux. Un simple tamisage suffira.

Le coin toilettes

Une évacuation a été prévue pour le cas où la maison serait vendue, mais elle n'est pas connectée, car ici, pas de chasse d'eau ! Simplement un seau de sciure, un principe qui permet d'économiser 40% d'eau. Chacun verse une casserole de sciure au moment de partir. Cette sciure permet d'éviter toutes les odeurs. « Selon sa taille et le nombre de personnes, le seau est vidé une fois tous les deux ou trois jours dans le compost au jardin, explique François. Pour que ce ne soit pas une corvée, le compost a été prévu à proximité du garage. Un argument à ne pas négliger ! »

Les eaux usées

Une étude a été réalisée avant les travaux par Philippe Redois.

Après un pré-traitement par un regard dégrillage (10 l) et répartiteur d'environ 50 litres, les eaux usées s'écouleront dans une succession de 3 bassins filtres plantés de roseaux (5 m2 de surface suffisent pour 6 personnes au quotidien). Elles aboutiront ensuite dans une mare de 3 m2 environ, où une petite cascade facilitera l'oxygénation de l‘eau. Les bassins contiennent des galets (sur 10 cm), de la pouzzolane au cœur du bassin (substrat drainant) et les rhizomes des plantes (rhizosphères) qui servent de support aux bactéries aérobies et autres micro-organismes qui transforment la matière organique. Les deux premiers bassins seront plantés de roseaux communs Phragmites. Le dernier pourra accueillir cannas, sauge bleue, iris jaune, salicaire violette...

Le solaire

Il est prévu de placer 6 m2 de capteurs solaires thermiques en toiture, reliés à un ballon de 300 l. Plus tard encore, des panneaux photovoltaïques alimenteront la maison en électricité solaire.

La suite

Cette belle aventure aura sans doute une fin, même si le plus long..., c'est de finir ! François est actuellement en train de monter une association dont l'objet sera la formation et l'accompagnement de porteurs de projets en éco-construction. Cette association sera opérationnelle en octobre.

Construire en paille

Les premières maisons en paille datent de 1886 au Nebraska et de 1921 en France. Ces maisons sont toujours debout. C'est aujourd'hui l'une des méthodes de prédilection des auto-constructeurs, compte tenu du faible coût de revient de cet excellent isolant. Des règles de construction bois/paille sont en cours d'élaboration et devraient à terme permettre le développement de l'usage de la paille comme isolant.

Pour en savoir plus : « Bâtir en paille » d'André de Bouter, édité par La Maison en Paille.

 

Source : Magazine Habitat Naturel - Hors série n°1 Juin 2006.

mois de juillet 2006

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Mis en ligne avant janvier 2008

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