De l'éthique dans nos valises
En collaboration avec notre partenaire Human & Terre

Tu vas ailleurs, tu entres chez l'autre. Comment vit-il, qui est-il ? Regarder, apprendre, respecter, quitter la consommation pour le partage, quitter le confort pour l'aventure, le voyage induit cette quête, voire cette loi.
Notion déjà très bien connue des acteurs et promoteurs du tourisme "éthique" , depuis une bonne vingtaine d'années, la notion de tourisme solidaire reste parfois floue dans l'esprit de pas mal de monde.
Plusieurs types d'activités dites "solidaires" se trouvent à priori intimement mêlées : commerce équitable, tourisme durable, tourisme culturel, foyers et sports en milieu rural, écomusées, parcours découvertes, préservations des patrimoines, aide au développement, aide médicalisée et d'autres encore.
"Tourisme solidaire" pourrait devenir le terme générique englobant tous ces types d'engagement, d'assistance et de coopération au développement, tant sur le territoire national qu'international et dans ses formes les plus diversifiées.
En effet tout ce qui n'est plus de la simple vacance dispendieuse sur transat, relève du tourisme solidaire. Au plus loin que remonte le nomadisme, voyager a toujours engendré l'échange, et c'est par divers effets pervers que le tourisme est devenu, notamment depuis les années 70, barbare, sauvage, exploiteur, constituant brutalement une activité économique particulièrement florissante, au même titre qu'une industrie lourde. Une machine à la fois aveugle et super-productive.
Entre hordes organisées d'inconscients pillards en vacances et philanthropes prônant une sorte d'évangélisation économique, voire de protectorat, où est la bonne mesure, et quels sont les moyens d'engager d'aussi belles et bonnes actions ?
Ambiguïté du mariage Ethique/Marketing
Avec ou parallèlement aux pouvoirs publics, les associations sont des acteurs particulièrement actifs sur les terrains du tourisme durable et solidaire. La plupart de ces associations ont un agrément réglementaire de voyagistes, et sont donc à la fois impliquées dans une activité économique, et dans une action à caractère "solidaire" : respect des individus, de leur environnement, de leur culture et de leur territoire, échanges équitables...
Certaines proposent des voyages à fort investissement personnel, d'autres font dans l'air du temps, mais le mouvement est là, bien ancré, et, quelles que soient leurs disparités de fonctionnement. C'est bon d'y croire et d'en parler.
Initiatives associatives
Une telle profusion d'associations sont impliquées dans ce type d'action, qu'il est souhaitable de consulter leurs sites. L'UNAT, Union Nationale des Associations de Tourisme et de plein-air, en a notamment sélectionné un certain nombre, "sur la base d'une grille de critères éthiques et vérifiables" : séjours d’immersion, circuits culturels, randonnées, stages, accueil chez l'habitant, participation au développement durable des populations locales.
Colloques, forum et débats, publications, émanant ou non de ces mêmes associations, offrent des solutions alternatives, aux calamités économiques qui touchent trop de régions, et sont largement relayés par les médias. Toutes et tous veulent sensibiliser et informer le public, défier les "lois" économiques, en équilibrant éthique et commerce. Tout le monde sent bien qu'il y a péril en la planète, et que quelques changements dans nos modes de vie et nos tournures d'esprit pourraient enrayer le désastre.
Monsieur Chiaps, consacrant un article (supplément du Monde du 11 avril 2006) au Forum International du Tourisme solidaire, tenu au Mexique du 24 au 26 mars dernier a évoqué, le moment où "le devoir devrait suppléer le droit". La plupart des acteurs du tourisme solidaire s'accordent pour penser que ces élans d'humanisme ne sont pas un phénomène de mode. Au point que 50% des français intéressés par le tourisme solidaire seraient prêts à consacrer un budget plus important pour faire partie du club...
Pour une nouvelle charte du voyageur ?
Le Salon Mondial du Tourisme, qui s'est tenu à Paris du 18 au 21 mars, a proposé une série de conférences, inaugurée par une présentation de la "Charte du Voyageur"... le ressourcement se fait sentir. Il est d'abord apparu dans les biens de consommation. La tradition et le respect orientent aujourd'hui de plus en plus notre choix.
Une mutation profonde des modes de consommation apparaît, et le Salon a montré l'essor des tour opérateurs d'aventure et de trekkin, prônant un tourisme plus authentique. Ainsi, le Népal, le Burkina Faso, le sud marocain , l'Asie, l'Amérique latine, le Pérou, entre autres, constituent-ils une nouvelle forme "d' invitation au voyage"...
Les actions menées vont de la construction de logements pour les enseignants du village, à des remise en état d'infrastructures locales indispensables à la survie des villages, en passant par un important réseau d'échanges technologiques et culturels.
Les exemples de réalisations que nous allons citer, n'ont pas de valeur de promotion pour telle ou telle association, mais permettent de donner un aperçu de projets "solidaires" mis en oeuvre, parmi des centaines d'autres.
Ainsi l'association "Tourisme et développement solidaires" donne à des communautés villageoises la capacité d’accueillir des petits groupes de voyageurs, de développer un concept de village d’accueil, d'élaborer avec ses partenaires locaux une "Charte du tourisme en village d’accueil". L’association assure la commercialisation des séjours, l'accompagnement en ingénierie. Ce concept exigeant du voyageur qu’il respecte les valeurs des villageois et les ressources naturelles, comme l’eau. Un test sur le site Internet de l’association permet de savoir si l’on est prêt pour l’aventure : un conditionnement préalable est souvent bienvenu pour évaluer ses propres ressources et motivations.
L'Association "Passages" quant à elle, évoque le voyage comme "vecteur de développement durable", et tente d'inverser la concurrence entre des secteurs économiques traditionnels, comme l'agro-pastoralisme ou la pêche, et l'arrivée du tourisme. Elle met également en évidence des problèmes locaux de pollutions supplémentaires liés à l'activité touristique, comme le développement de décharges sauvages.
Comment devenir un touriste solidaire ?
On est souvent un touriste solidaire par le biais d'associations, évoluant dans un encadrement spécifique, sur un mode humanitaire pré-défini.
On peut aisément l'être aussi à titre individuel, et même sans le savoir. Tout voyageur curieux, ouvert et respectueux est un Monsieur Jourdain du tourisme solidaire. Les randonneurs de tout poil pourraient à eux seuls ériger une charte de base du marcheur : se préparer à la rencontre, s'immerger, loger chez l'habitant, s'imprégner de nouvelles règles de convivialité, apprendre à évoluer dans un environnement souvent rude. En bref, développer des ressources mentales et physiques hors normes.
A travers les siècles, de grands écrivains voyageurs ont laissé leurs marques. Un premier Festival des Grands Voyageurs s'est tenu à Paris en septembre 2005, sur le thème voyager, découvrir, partager, témoigner de la quotidienneté d'un peuple, de son histoire, de son combat. Le festival a présenté une sorte de kaléidoscope de films de voyage des années 1945 à 1970.
Il en ressort notamment que la caractéristique du reporter d'image et de l'écrivain voyageur est d'être une sorte d’ "éponge", un témoin à vif d'une ambiance de terrain. Donner à voir, retranscrire, mettre en lumière la diversité de la planète, c'est encore du tourisme. Qu'il soit dit culturel ou solidaire, il est déjà respect de l'altérité, rêve d'enfance, engagement.
En conclusion, voyager, faire du tourisme, c’est d’abord une philosophie
Avant même de choisir sa destination, dessiner son itinéraire, dresser son budget, la lecture de grands classiques, le visionnage de reportages et de témoignages d'amateurs peut aider à la créativité. Car tout voyageur est maître d'oeuvre de son voyage. Créatif avant tout.
On peut notamment penser à Cendrars, à Chateaubriand, à Monod. Et, bien sûr, à Stevenson qui rappelle que le voyage est avant tout un parcours, pas nécessairement lointain. Le "Voyage avec un âne dans les Cévennes" est une sorte d'initiation toute simple, qui pousserait presque à penser qu'il faut peut-être se sentir en fraîcheur et en naïveté dès le premier pas. Et pourquoi pas commencer par penser que c'est d'abord nous, l'âne... Voyageur ignorant. BON VENT !
La préparation au voyage, ne peut pas se limiter à la consultation d'une carte et à l'élaboration d'un parcours. Car au final, la tâche est plus inventive, plus généreuse et plus riche.
Avant même de penser à créer sa propre association, il peut être instructif de se rallier à des associations existantes, (leurs sites sont généralement très complets) et trouver celle qui répond le mieux aux attentes, aux possibilités et aux compétences qui sont les vôtres.
Consultez la liste des
sites sur le tourisme solidaire
Source : Joséphine Humbert, Magazine Human & Terre - Juillet 2006.
mois de juillet 2006
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Mis en ligne avant janvier 2008
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