La France à l'heure du commerce équitable
« C'est bon pour moi, c'est bon pour ma planète »
En collaboration avec notre partenaire Nouveau Consommateur

La sixième édition de la « Quinzaine du commerce équitable » s'est déroulée du 29 avril au 14 mai dans toute la France. Un phénomène qui s'enracine progressivement dans nos sociétés, incitant à une réflexion sur la réalité actuelle des échanges économiques mondiaux. Le commerce équitable suscite aussi des débats sur son évolution et son avenir. Nouveau Consommateur fait le point.
C'était à Bamako (Mali), le 10 janvier dernier, boulevard de l'Indépendance : une foule de près de
10 000 personnes venues du monde entier, participait à la marche d'ouverture du Forum social mondial. Des milliers de pancartes appelaient à la paix dans le monde et réclamaient un commerce équitable... Le commerce, devenu le premier enjeu d'une mondialisation suscite aujourd'hui les plus urgentes attentes et demandes de justice et d'équité. Le monde économique commence à en tenir compte.
En France, pour le consommateur, le commerce équitable n'est plus seulement des produits « du bout du monde », tels que du thé, des chips au manioc, du jus au tamarin, du quinoa ou le fameux café équitable. A côté de ces mets, de nombreuses boutiques spécialisées proposent des produits d'artisanat et du textile, des produits cosmétiques, des fleurs... L'équitable va au-delà de quelques produits éthiques ou ethniques...
C'est toute une démarche philosophique et humaine qui prône une production dans l'équité.
« Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu'à sa famille, une existence conforme à la dignité humaine. » (Déclaration universelle des droits de l'Homme, 1948, article 23, alinéa 3).
Dès la fin des années 50, l'ONG Oxfam propose une relation commerciale avec les producteurs défavorisés des pays du Sud, capable de leur garantir des revenus plus dignes. En 1964, une réunion de la CNUCED (Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement) fait raisonner la formule « Trade, not aid » (le commerce, pas l'assistance) : c'est ainsi que la notion de commerce équitable voit le jour, il y a 42 ans.
Ce ne sont pas les Etats qui ont entendu cet appel, mais la société civile. D'abord aux Pays- Bas par la création en 1969 du premier « magasin du monde » et la création de l'association Artisans du Monde en France, en 1974. L'étape suivante fut la création du logo Max Havelaar en 1988, permettant une diffusion large des produits équitables dans la grande distribution; d'abord dans les pays du Nord de l'Europe, avant de progresser au Sud, et particulièrement en France.
Le commerce équitable, c'est une gamme de plus en plus large de produits diffusés dans des magasins orientés vers la vente de produits issus de l'agriculture biologique ou encore diététiques. Pour le secteur de l'habillement, l'approche est similaire, avec cependant une volonté de sortir des styles à forte connotation « ethnique », pour toucher un public plus large. On estime à plus de 3 000, les magasins spécialisés dans ce commerce. Ils sont essentiellement situés en Europe, dont 160 en France.
- Le commerce représente un marché global de 700 millions d'euros, dont les trois quarts couvrent l'Europe, et le quart restant, les Etats-Unis. Et si ce commerce pèse moins de 1% des échanges totaux, il augmente rapidement.
- 400 millions d'euros, le chiffre d'affaires des produits labellisés Max Havelaar dans le monde en 2004, contre 330 millions en 2003.
- 81 millions d'euros, le montant des ventes de produits équitables distribués en France contre 35 millions en 2003 (source : OCDE )
Et ceux qui parlent de mondialisation ne doivent pas oublier que, si l'on veut concrétiser les bienfaits, il faut de toute urgence prendre soin de l'environnement, promouvoir la démocratie pour l'expression des faibles et rendre le commerce plus équitable. Il y a 1,3 milliard de paysans dans le monde. 60 millions cultivent avec une machine, 240 millions avec un animal et un milliard à la main... Ces chiffres que rappelle souvent l'association Max Havelaar, indiquent bien le déséquilibre.
Le label Max Havelaar est présent auprès de consommateurs de 21 pays.
En France, il est apposé sur plus de 900 produits (coton, café, cacao, thé, jus de fruit, riz, miel, sucre, épices, quinoa, banane, mangue, avocat...), 90 marques accessibles dans 6 500 points de vente (boutiques spécialisées, grande surface, VPC, bar, hôtel, restaurant...).
Le consommateur français dépense aujourd'hui, en moyenne 1,17 euro dans des produits de ce commerce.
La vocation du commerce équitable est d'offrir à de petits producteurs exclus des gigantesques circuits commerciaux, la possibilité de trouver des débouchés à leur production, et une juste rémunération de leur travail. Il permet au consommateur d'effectuer un achat fondé sur des principes de solidarité.
Ce commerce est de plus en plus présent sur le terrain local et associatif. A travers toute la France, des collectifs essayent de fédérer des actions. Exemple : le Collectif d'économie solidaire d'Alsace, un acteur actif qui ne cesse de sensibiliser et de fédérer avec succès. Le commerce équitable est aussi présent sur de nombreux marchés. Tous les premiers dimanches de chaque mois vous pouvez faire votre marché équitable à Domont dans le Val-d'Oise. Les instigateurs de cette initiative ont affiché « Pour que nos achats ici changent la vie des producteurs là-bas ».
Autre trouvaille : l'initiative de Nicolas Saillard, fondateur de Sigalethique , une entreprise lyonnaise qui organise de réunions de vente chez les particuliers et les entreprises pour proposer des produits « équitables ».
C'est un peu ce concept « Tupperware ». En matière de vente à domicile, tout le monde connaît les fameux Tupperware. Ici, point de boîtes en plastique, on ne vend que de l'équitable. Le principe est simple : il s'agit de faire découvrir des produits issus du commerce équitable et éthique (objets artisanaux de décoration en pierre, bois, céramique, verre, art de la table, tissus...) développés par des artisans du Sud à un public non averti, lors d'une réunion conviviale chez un particulier. En Belgique, la coopérative Emile travaille aussi de cette manière. « Nous avons aussi une mission de sensibilisation, explique Melinda Servais, la fondatrice. Nos ambassadrices accompagnent la vente d'une information complète sur le commerce équitable et les produits ».
Il existe au sud du Venezuela, une rivière nommée Casiquiare, qui trouve son lit en pleine jungle Amazonienne, dans une zone protégée, et abrite sur ses berges quelques unes des dernières tribus indiennes laissées en paix par la « civilisation ». La boutique parisienne qui porte ce nom et créée par Catherine Dauriac propose un large échantillon d'un artisanat original, des hamacs, des objets de décoration, des objets usuels... « Nous achetons, avec toutes les difficultés logistiques que cela implique, directement aux fabricants, en évitant, autant que faire se peut, de passer par des intermédiaires. Pour cette raison même, nous ne travaillons qu'avec très peu de pays. ».
Importatrice de produits artisanaux, la société Up & Up a basé sa démarche sur le commerce équitable. Allier l'esthétique et la démarche éthique donne des produits originaux, élégants, design pour certains... Par ailleurs, en plus de la démarche équitable, Up & Up s'engage à reverser 50% de ses bénéfices nets aux producteurs à chaque fin d'exercice. Une particularité unique dans le système actuel.
A Champrond-en-Gâtine, Perche Activités, fabrique d'excellents jus de fruits 100% naturels, sans additifs, à partir des pommes à cidre et à jus récoltées dans le Perche. Les jus sont extraits sur lit de paille, ce qui leur donne une texture très agréable et authentique. A Crest, L'Atelier du chocolatier se consacre à la fabrication de chocolat artisanal bio et équitable, sans matière grasse ajoutée, ni crème, ni beurre, ni lait.
Autre initiative sympathique : L'Ethiket'Bus, un magasin aménagé dans un bus anglais qui sillonne les routes du Sud-Ouest et de France. Ce bus épicerie/magasin de textile/bar propose à tout le pays basque des produits équitables, avec un système d'étiquetage innovant qui redonne du sens à la consommation.
Sol & Sud est une jeune association active se positionnant sur deux axes, le soutien au développement (économie, éducation, solidarité internationale), et la création de lien social en France (solidarité, vie locale, citoyenneté). Créée en octobre 2005, l'association a participé à des marchés de Noël ayant notamment permis de nouer des liens avec un public à la recherche d'information, car cette manifestation appelle au rassemblement des générations, soutient l'artisanat et les petits artistes. « Notre première action en 2006 est un loto équitable à Créteil. Elle sera suivie d'expositions photos dans plusieurs villes de France, de projections vidéo, d'animations en milieu scolaire et de soirées à thèmes. L'action la plus importante de l'année est notre mission au Pérou, tournée vers le partage et l'innovation. Le but est de donner au commerce international une dimension sensée », explique Blandine Aguilar la présidente. (soletsud.free.fr)
Initiative intéressante, celle de Sandra Blondel et Pascal Hennequin qui, après avoir parcouru des milliers de kilomètres sur les trois continents du sud à la rencontre des producteurs et artisans du commerce équitable, continuent leur route, afin de partager leur expérience et de présenter pendant dix mois leur film 0,01 (visages du commerce équitable) sur les routes de France, par la mise en place d'un cinéma itinérant. (http://fokus.free.fr).
Isabelle Delecourt a créé à Montpellier Chic Ethic, dans le but de promouvoir le commerce équitable.
Après le café, le thé, le sucre et le cacao, les fleurs coupées vendues au Québec se mettent, elles aussi, au diapason du commerce équitable. Tant mieux si le commerce équitable fait son chemin et concerne de plus en plus de citoyens, mais il ne faut pas perdre de vue des interrogations permanentes :
- Ce commerce est-il vraiment accessible à tout le monde ? Son mode de distribution pose parfois des problèmes de transparence qui sont loin d'être résolus.
- Faudrait-il se satisfaire de la cohabitation de deux types de commerce : le commerce équitable, qui prend en compte les conditions sociales et environnementales de production et cherche à rémunérer « justement » les producteurs d'une part, et le commerce « classique » d'autre part, largement majoritaire et soumis à la loi du profit maximum ?
- Le commerce équitable devrait-il être réservé aux échanges entre le Sud et le Nord, tandis que le commerce entre des producteurs du Nord et des acheteurs du Nord continue à se faire hors critères du « juste prix », du respect du droit du travail, de la santé, de l'environnement ?

Quelle équité tout au long de la filière ?
Comment se retrouver dans le maquis des appellations et les labels qui, quelque fois, ne veulent rien dire !
Le consommateur veut saisir toutes ces nuances. Il est vrai qu'en France, les labels de qualité relèvent des pouvoirs publics qui planchent, depuis quatre ans, sur cette question.
Et finalement, l'Association française de normalisation (Afnor) a fini par publier, en janvier 2006, un « document de référence », qui limiterait l'utilisation abusive de l'expression « commerce équitable ».
Le document définit trois principes indissociables :
- l'équilibre de la relation commerciale entre les partenaires,
- l'accompagnement des producteurs,
- l'information et la sensibilisation des consommateurs.
Ce texte, cependant, appelle à une démarche ultérieure de normalisation ou de labellisation du commerce équitable.
L'organisation Minga, un des acteurs historiques du commerce équitable, dénonce cet accord. « En refusant d'aborder l'équité commerciale tout au long d'une filière, l'accord dégage aussi la responsabilité des commerçants en bout de chaîne dont certains, grandes surfaces ou autres, pourront continuer à augmenter leur marge commerciale sur des produits qualifiés d' équitables », explique Dany Minard.
La première qualité du commerce équitable, qui concerne aujourd'hui plus d'un million de travailleurs dans le monde et fait vivre environ 6 millions de personnes, est de mettre en lumière qu'il est possible de produire et de vendre autrement que dans le cadre du marché mondialisé, qui définit le prix d'achat en fonction de la fluctuation des cours boursiers (du café, du sucre, du thé, du cacao, ...).
Le commerce équitable interroge le consommateur et contribue à en faire un citoyen aussi quand il fait ses courses. Qu'est-ce que j'achète ? A qui je l'achète ? Où je l'achète ? Qu'est-ce que je paye ? Pour quoi faire ? Le développement du commerce équitable favorise le débat, parce qu'il soumet chacun à un examen de ses pratiques quotidiennes. Mais aussi, et surtout, parce qu'il ouvre sur une remise en cause des excès du système économique libéral. Il pose la question du sort réservé aux petits paysans, aux artisans, dans les pays du Sud comme dans les pays du Nord.
Les nouveaux modèles de développement ne doivent-ils pas avant tout s'orienter vers une agriculture régionale, complétée par le commerce équitable ? Autrement dit, favoriser la production nationale et le développement de filières équitables entre villes et campagne. Les paysans de demain devront nourrir des citadins toujours plus nombreux. Les pouvoirs publics doivent favoriser les produits locaux, biologiques et issus du commerce équitable. Et c'est le consommateur qui décide de ce qu'il mange et achète.
Source : Sébastien Masure, Le Nouveau Consommateur
mois de juin 2006
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Mis en ligne avant janvier 2008
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