> Interview
SCARABEE BIOCOOP
Isabelle BAUR,
Directrice
"Se positionner en tant qu’acteur de l’économie sociale et solidaire
en contribuant au développement d’une agriculture paysanne locale"
Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est le Scarabée Biocoop ?
La Société Coopérative d’Alimentation Rennaise Biologique et Ecologique ou Scarabée, est née en 1983 à l’initiative d’une quarantaine de familles souhaitant pouvoir consommer des produits biologiques variés et à un prix abordable. Les magasins ont rejoint le réseau Biocoop en 1987. Aujourd’hui, la coopérative compte 26 000 adhérents et 3 boutiques. Deux restaurants, nommés Pique-Prune, ont été créés en complément : proposant une alimentation végétarienne et locale (plus de 400 repas par jour), ils illustrent les différentes manières de cuisiner les produits disponibles en magasin. L’occasion aussi de montrer que l’on peut manger savoureusement et équilibré sans viande, avec des produits biologiques, frais, de saison et locaux. Cela demande plus de créativité au quotidien mais cela correspond à l’éthique que nous nous sommes fixés.
Pourquoi un tel engagement ?
A l’origine de la création de Scarabée, il y avait bien entendu la volonté de manger sain et trouver des produits biologiques variés (pas évident en 1983 !). Mais ce n’était pas la seule raison. Les coopérateurs souhaitaient aller plus loin et se positionner en tant qu’acteur de l’économie sociale et solidaire en contribuant au développement d’une agriculture paysanne locale.
Plus loin que la réponse à une quelconque «tendance écologique», nous étions animés par une réelle conviction de développement durable, une véritable éthique de fonctionnement. Il en va de même aujourd’hui : nos choix ne sont pas dictés par des considérations mercantiles ou populaires : nous avons, par exemple, déréférencé l’eau en bouteille plastique pour son caractère non-écologique, les magasins et restaurants Pique-Prune ne proposent ni fraises ni tomates en hiver, nous privilégions les produits issus de l’agriculture locale et nous excluons les OGM…
En outre, Scarabée Biocoop s’attache respecter une véritable politique sociale : la dignité et le respect de nos salariés sont primordiaux, 30% des bénéfices leur sont redistribués…
Nous tenons à rester des magasins militants. Alors bien sûr, nous ne comptons pas 26 000 adhérents militants même si l’on observe tout de même une sensibilisation accrue des coopérateurs et des clients (souvent les mêmes).
Même si cette conscience écologique a un coût sur leur budget ?
Nos clients ne viennent plus par hasard : même si l’alimentation bio peut paraître parfois un peu plus chère, ils ont fait le choix conscient d’une alimentation saine. De notre côté, nous développons une gamme de produits accessibles au plus grand nombre : nous avons réduit nos marges au minimum (si nous ne sommes pas soumis à objectifs nous ne pouvons vendre à perte) et nos fournisseurs ont fait des efforts. Par ailleurs, nous présentons bon nombre de produits en vrac (réduction du prix de 30%). Et puis surtout, nos clients ne viennent pas seulement pour le prix : nous nous différencions également par le conseil. Nos salariés suivent un important cursus de formation et sont capables de renseigner objectivement les consommateurs sur les produits référencés dans les magasins et des bornes informatiques expliquent les aliments et donnent des recettes. Nous accueillons ainsi des jeunes mamans recherchant une alimentation différente pour leurs enfants, des gens souffrant d’allergies alimentaires (il y en a de plus en plus), de nouveaux convertis au naturel mais ne sachant pas comment cuisiner les aliments présents dans les boutiques bio…
Nos magasins conservent une taille humaine et nous connaissons nos clients : cela fait aussi la différence !
Vous participez à Viv’expo. Qu’attendez-vous de la manifestation ?
Viv’expo est un salon ouvert au grand public : la plupart des visiteurs sont bien entendus sensibilisés à l’écologie mais tous ne sont pas experts dans le domaine et ne viendraient pas forcément pousser la porte d’une biocoop. Or, nous ne voulons pas naviguer uniquement dans un microcosme militant et déjà adepte de l’alimentation bio : ce n’est pas très constructif et ne porte pas à progresser !
Et puis, il est important de montrer que nous sommes professionnels, que nous proposons des produits de qualité. Et surtout prouver que le respect d’une éthique ne fait pas de nous des gens ternes, tristes survivants de l’âge d’or des bitnics ! Le végétarisme et l’alimentation bio peuvent aussi provoquer un certain plaisir gustatif avec des associations culinairement intéressantes et non ruineuses. Sur le salon, nous offrirons à la dégustation un certain nombre des mets proposés dans nos restaurants : cela vaut le meilleur des discours !
Document mis en ligne en novembre 2010